Bonsoir. Je m’appelle Stéphanie et je suis Bath-and-Body-Works-olique. 

Tous : Bonsoir Stéphaniiiiiiiiie.

Je m’en doutais depuis un bout. Mais le week-end dernier, ça m’a frappée : je suis littéralement accro aux produits en vente chez Bath and Body Works.

Et si je me fie à la bande d’attaqués aussi hystériques que moi samedi dernier en boutique, on est une méchante gang dans le même bateau.

Le premier pas vers la guérison est l’acceptation, qu’ils disent.

Eh bien je l’accepte et l’assume : je suis bath-and-body-works-olique pas anonyme pantoute.

Pire, j’entraine mes ami(e)s dans le vice : je leur offre des produits du magasin et les invite à venir magasiner avec moi.

C’est tellement malsain.

L’avant-consommation

D’abord, sachez une chose : je suis une fille qui œuvre en marketing. Donc, en théorie, les techniques de vente, je les connais.

Mais Bath & Body Works maîtrise PARFAITEMENT les techniques de marketing pour créer le sentiment d’urgence chez le consommateur.

Et je tombe dans le panneau. CHAQUE. MAUDITE. FOIS.

Ça se passe ainsi :

J’ouvre ma boîte courriel et constate que j’ai un courriel provenant de BBW.

Mon rythme cardiaque s’accélère. Mes mains deviennent moites. Je l’ouvre.

Et là c’est l’hécatombe : « Faites vite. Demain seulement : 2 pour 1 sur les chandelles à 3 mèches. »

C’est à ce moment précis que je deviens ce que plusieurs qualifierait de « folle raide ».

Je fais une saisie d’écran du dit courriel que j’envoie en chat de groupe à l’ensemble de mes connaissances aussi dépendantes que moi :

« Demain midi gang. On va faire le plein de chandelles de Noël. »

Et là, on capote toutes en chœur :

« Maudit, j’ai une réunion demain midi! »

« OMG je suis là! On va dîner avant? »

«  Ben là, REPORTE-LÀ. C’est demain SEULEMENT! C’est le temps de faire le plein de chandelle à saveur de flanelle. » (Oui, c’est une vraie fragrance. L’ai acheté en fin de semaine. True story.)

«  Je ne peux vraiment pas, c’est ma rencontre annuelle avec mon PDG… est-ce que vous pouvez me FaceTimer de là? Je pourrais vous donner mes fragrances à acheter… »

«  VOYONS MARIE-ANGE! C’EST DEMAIN SEULEMENT C’TE VENTE-LÀ! Si ton PDG ne comprend pas, il est grand temps que tu considères un changement d’employeur. Revois tes priorités, fille. »

L’expérience en boutique

Donc, me voilà en route vers la boutique.

Les conseillères t’attendent à l’entrée, telle une armée de vaillants soldats prêts à faire feu.

Elles te voient venir de loin, toi la consommatrice qui court dans le centre commercial, cheveux au vent et manteau ouvert (parce que on va se le dire, à ce temps-ci de l’année, tu fais pas deux pas passé la porte que l’eau commence à te couler dans le dos et que tu as la frange collée dan’face).

La conseillère a spotté ta vulnérabilité de loin. Tu es démasquée. Elle sait que tu viens faire le plein de chandelles.

Et que t’es faible.

La première avec laquelle tu risques un eye-contact s’avance vers toi et te dit :

« Bonjour, êtes-vous au courant de… »

J’la laisse même pas finir.

Je la coupe, la déstabilise totalement. Elle va savoir tout de suite qu’elle ne fait pas affaire à une amateur.

« …votre promotion? Oui ma belle, je sais, C’EST AUJOURD’HUI SEULEMENT. C’est pour ça que je suis ici. »

Et là, elle te donne un sac, avec son beau grand sourire de 64 dents.

Bath & Body Works a compris que tous tes sens seront appelés à sniffer tout ce qui se trouve dans le magasin : PAS LE TEMPS DE NIAISER.

Ça te prend des mains libres et un gros fucking sac à poignées solides pour stocker tes multiples produits.

Le choix

Arrive alors l’étape à la fois euphorisante, mais ô combien déchirante, du choix de fragrance.

Tu renifles tout ce que tu trouves : chandelles, savons pour les mains, fragrances pour le corps, aisselle de la conseillère qui passe à côté de toi, enweille!

Tu te surprends à réagir tout haut :

« Mmmmmmmm! Woooow! »

Ou bien :

«  ARKE! Ça… ÇA PUE! » avec la face de dégoût qui vient avec.

Étonnamment, tu n’es plus capable de gérer ton opinion dans ton fort intérieur. C’est comme si TOUT LE MONDE devait savoir ce que tu considérais comme « sentir bon » ou « sentir la marde ».

Tu réagis assez fort pour que tout le magasin sache que la chandelle à fragrance de « Soirée-gypsie-méditation-patchouli-zeste-d’orange-sanguine-et-jeune-bamboo-frais-coupé », ben tu L’HAÏS.

Le paiement

Tes chandelles sont choisies.

Tes fosses nasales sont brûlées (parce qu’on va se le dire, elles ont été surexposées à beaucoup trop d’odeurs en si peu de temps).

Tu ne sens plus ta main qui tient le sac rempli d’items, pour la simple et bonne raison qu’elle n’a plus de circulation.

L’eau qui te coule dans le dos peut désormais être qualifiée de rigole (fait ben trop chaud!).

Tu es fin prête pour passer à la caisse.

Tu sors chaque chandelle une par une, délicatement, pour ne pas les briser. Tu manipulerais des Œufs de Fabergé que tu ne serais pas plus minutieuse.

Et là la caissière te dit :

«  Je vois que vous avez bien profité du 2 pour 1 sur les chandelles. Mais saviez-vous que nous avons une belle promo sur les savons à mains également? À l’achat de 5, vous en avez un sixième gratuit. »

Mes pupilles se dilatent.

Mon rythme cardiaque s’accélère.

Ma rigole est devenue ruisseau.

OH. MY. GOD.

JE NE PEUX PAS MANQUER ÇA. Mes mains pourraient sentir la même chose que l’air ambiant chez nous!!!

Et là, c’est le grand retour de la conseillère du début qui, tout sourire, te dit :

« Madame, puis-je vous offrir un autre sac? »

Crédit photo principale : Roberto Nickson